Ateliers écriture E P.M. Orvault

Dans le cadre de ma résidence au château de La Turmelière, j’ai proposé quelques séances d’écriture aux jeunes du Centre de rétention d’Orvault. Certains ont écrit sous formes de centons, d’autres ont préféré ne pas se référer à d’autres textes. 

Dans mon pays il y a un soleil très chaleureux, le temps passe je viens d’arriver et ma première nuit arriva. Il y a un petit vent d’hiver très frais qui fait vachement de bien car la chaleur est là de jour comme de nuit. Les mains salies par le sang d’un moustique frappé à deux pas du village cet arbre donne ses fruits, il faut aller chercher de l’eau dans le puits. Je suis à l’ombre à la cime du poirier, je fume un joint de vrai shit de première qualité et c’est dans mon pays d’origine que l’on trouve cette substance de qualité. Je vais chez Hezmoute acheter du hawaï et des cigarettes de marque Marquise et des feuilles à rouler puis je pars en voiture elle est vraiment lancée je roule une cigarette de pur pollen qui me fait évader de ce bas-monde. (Y…)
Dans mon pays
Il fait chaud dans ce pays, la bonne humeur règne il éblouit ce soleil.Dans un endroit magnifique très à part, loin des personnes on se sent seul. Je marche sur le sable très chaud très agréable, à chaque pas que je franchis je sens mon pied pénétrer un peu dans le sable et si je me retourne je peux retracer le parcours que j’ai effectué avec les pas qui se sont formés sur ce sable doux.
La solitude j’aime sentir l’air des vagues de la mer qui valse et qui me fait un bien fou, qui permet de s’évader mentalement et physiquement, loin très loin de la civilisation. Ce ciel presque magique quand on scrute ce bleu les nuages qui se construisent de formes irrégulières sont un splendide panorama pour mes yeux. Voilà l’endroit que je rêve, pas inaccessible mais à trouver très difficile. (T…)
Dans mon pays un enfant les pousse vers sa mère et la mère vers son enfant.Dans mon pays je préfère penser que toutes mes actions passées étaient bonnes-fin du calendrier.
Dans mon pays la petite fille enterre l’oiseau mort puis rentre chez elle à cloche-pied.
Dans mon pays à deux pas du village cet arbre donne ses fruits ignorant tout de nos coutumes.Dans mon pays le temps passe même les mains salies par le sang d’un moustique frappé.
Dans mon pays ; premier rêve de l’année je le grave sur un bout de bois et le partage avec le feu.
Dans mon pays, de temps en temps les nuages nous reposent de tant regarder la lune. (A…)
Dans mon pays, tout le monde est heureux, les gens rient.
La plage est interminable, le sable est doux et fin et la mer est bleu ciel.
La justice donne une seconde chance aux mineurs et les majeurs sortent tous de leur cage pour une réinsertion dans le monde du travail.
Aucune femme n’est malheureuse. Les enfants grandissent avec leurs deux parents.Chacun a la même richesse, les gens sont généreux. (C… )
Dans mon pays
Je vois les couleurs chaudes
Il y a une forêt amazonienne
Il y a aussi le carnaval de Rio
Je vois beaucoup de bidonvilles
Je vois de beaux oiseaux colorés
Il fait aussi très chaud
Je vois beaucoup de saveurs je sens la paella,
Je vois les arbres fruités gorgés de jus
Je vois beaucoup les beaux rayons du soleil qui tapent ma peau
Je vois au marché qu’il y a de toutes les couleurs, les légumes frais, les fruits juteux.Il y a de belles filles à la couleur métisse. Les couleurs de leurs vêtements le touchait. Là-bas il y a beaucoup de soirées ambiance, de la bonne musique. (J…)
Dans mon pays
le cadavre d’une petite fille
A deux pas du village une nuit d’été
Connaissait chaque position du Kama-Sutra
A dormir debout
L’automobiliste est vraiment lancé
Roulant sa cigarette d’herbe pure
somnolant
à l’ombre de la digue face
à la mer (N…)
Dans mon pays je préfère penser que toutes mes actions passées étaient bonnes comme les baisers sur la bouche de ma femme qui me faisaient voyager en somnolant dans l’herbe.
Dans mon pays mon premier rêve fut d’être libre comme un vent d’hiver qui souffle sur le poirier de ses ailes brisées.
Dans mon pays on y voit au loin, sur les collines ce clown avec son maquillage blanc et son nez rouge en train de faire du vélo sur une chaise en regardant la lune.
Dans mon pays le bon jardinier prie pour que sa pomme ne tombe pas de ce poirier il reste modeste limite à dormir debout mais le vent est si puissant que la tempête fait tomber la pomme, sur ce c’est la fin du calendrier. (J…)
Dans mon pays
La petite fille me regarde passer à deux pas du village une nuit d’été.
Au matin je me réveille l’oiseau passe, je voyage en Orient face à l’orage.Comme une île au loin l’œil tout rouge. (Y…)

Atelier d’écriture Photos Travaux (Un grand merci aux enseignants de l’établissement qui m’ont accompagnée dans ce projet que je n’aurais pu mener seule)

caddys

Le père travaillaitCapture-decran-2009-10-29-a-18
sur le parking
alignait
poussait les caddys
à l’abandon
c’était avant
le coup des jetons

La mère
avant
gouvernante dans un grand hôtel
avant les enfants le mariage
avant d’avoir ce qu’elle avait voulu
avait croisé Gary Grant
« J’ai perdu la photo. »

La mère
mi-temps à Chambourcy
rapportait le jeudi à midi
les yaourts
périmés
Pour la première fois
neige et fruits mélangés
la tête nous tournait
à force de souffler
dans les moulins à vent

La mère
avec l’argent des caddys
et des rayons
le père devenu chef des rayons
la mère
avait acheté un costume
que ça se voit
et un après-midi
pour nous
des chaussures hush puppies
on partait à l’école
avec des chiens aux pieds
maman très fière de son affaire

Le père
le jour des deux mille francs
a découpé le gigot
pour fêter ça
la grosse Nadia
à l’école
s’enflait comme un boeuf
avec sa phrase majuscule point à la ligne
Mon père gagne 5000 francs par mois.
L’autre gamine
avec le geste
mon manteau
il a couté la peau des fesses

Le père à la fin
faisait les marchés
juste pour la voix haute
le rire pas caché sous la cape
ça valait bien la peine
de charger la voiture

La mère
quitte à manquer de tout
avait manqué de temps
elle avait prévenu
Vous verrez
il sera trop tard
quand vous irez poser des fleurs
sur ma tombe

On n’y va pas souvent
sur la tombe
on regarde les films
de Gary Grant
On pense au père
on vérifie qu’on a bien
dans la poche
son jeton de caddy

Paru dans le numéro 53 de la revue Bacchanales /TRAVAIL

De l’enfant

A paraître aux éditions Potentille à l’automne 2015

ill. Marie Thomas

ill. Marie Thomas

De l’enfant, on peut dire qu’il avait presque trois ans quand il est arrivé. Il ne savait ni les jouets ni les livres ni les mots des chansons qu’on dit en caressant le front, en creusant au creux des genoux la chute, le bateau qui chavire. Tu payes ou tu payes pas ? pas. On peut dire qu’on pouvait le coucher même toute la journée, jamais de lui-même il ne quittait son lit. On peut dire qu’il souriait.. Il embrassait maman ou bien la dame et l’on pouvait partir et revenir, jamais il ne se retournait. A tout à l’heure, il répétait. De l’enfant, on peut dire qu’il se tenait raide dans les bras et n’aimait pas la tête en bas, ou être tout là haut sur les épaules. On peut dire qu’il n’aimait pas marcher dehors. On peut dire la terreur de la douche, et les tremblements de tout le corps  (…)

Le livre de Timothé

A paraître aux éditions Potentille à l’automne 2015 (http://potentille.jimdo.com/)

P1060369 - Copie
Avant
on aimait jouer dans les maisons abandonnées
casser les vitres et se sauver
regarder maman dormir
tout le matin

et aller chercher le pain

Avant
les coups de bec
rouaient
la nuit
de cris

je découpais
des armes
des ailes d’oiseaux
aussi

( …)

Tout m’échappe
les billes roulent par terre
je ne ramasse rien
poings serrés
je ne retiens
que
ce qui est loin

(…)

Magasin zinzin

arton411

Nous avions avec les enfants ouvert maintes fois Le Magasin zinzin de Frédéric Clément, les malles, les valises, et nos boîtes à secrets aussi… Ils avaient choisi un même titre : « Emportez un mouchoir de fil « … De la colle et des encres sur les doigts, chacun est reparti avec son propre recueil. Parce que c’est la rencontre avec l’univers d’un auteur qui permet de prendre le temps de regarder les rêves en soi.

Aujourd’hui j’ai entrebâillé moi aussi quelques souvenirs, quelques images avant de rendre son livre à Tom…

007008012011009

Avec Bernard Froment, « agrisculpteur verrien »…

Bernard Froment un jour, m’a demandé quelques mots pour le catalogue de son exposition. Est né un dialogue avec d’étranges personnages errants et immobiles, déracinés et inébranlables, comme ces platanes dont les branches se rejoignent et se nouent au dessus des routes, mais c’est eux, que nous regardons passer.

002

Ils viennent de si loin

Que l’horizon

tiré enroulé

noué dénoué

les laisse aller

 

001

Il a cherché
dans la cendre
nos visages
a retiré de nos ventres
la terre glaise
le bois ligoté
les larmes

Il a cousu
la joue ronde
de la lumière
contre la toile rêche.

Immobiles nous marchons
de taire et de faire.

Chaque pas est tranquille
Tout est présent.

La terre ne recouvrira nos corps
Que pour germer encore.