Les louves

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Bonnard

Je vais
au pays des louves
elles
avec dedans le ventre recousu
les sept chevreaux têtes cabossées
pas un sorti vivant
de là-dedans

Elles
assemblées autour de moi
pendant que je lis
je me demande
si ce n’est pas trop long
si je ne les ennuie pas
avec mes lignes de mots
trouées qui ne crachent pas le morceau
l’une a dit continue de lire avec ta voix douce
c’est comme quand on me racontait des histoires
le soir
l’autre
ça nous manque les histoires
le soir

Les louves écoutent comme les enfants
sans la question de comprendre
têtes penchées presque
et peut être on ne sait pas
l’une sur la mer scintillante
bouée autour du ventre léger
se laisse porter

Elles disent à celle qui repasse les robes
plie les sous-vêtements
merci
tu le fais bien
après on pose la pile de linge sur l’étagère
sans la froisser

Elles sont
épaule contre épaule

L’une
n’a jamais tenu entre pouce et majeur
l’aiguille à coudre
s’entête toute la nuit
le lendemain me tend le papier
ils verront que j’écris moi aussi
avec toutes les précautions et
du fil bleu
elle berce
son petit chevreau tombé
L’autre
reste joue appuyée contre
la mer gris ardoise
regarde les petites robes jaunes
avancer sur le tapis roulant
donnerait tout l’or du monde
pour les acheter encore
et la joie de la petite
c’est plié en quatre le souvenir
gardé
L’une a traversé la steppe
flancs rouges
louve aux doigts de fée
ne relève la tête que pour couper le fil

L’autre encore
soulève la jupe noire de sa mère
être cachée dans le deuil
même pour rire

Nos mains mélangées recousent les pattes tordues
des chevreaux
on ne retrouve pas les yeux
tu sais

Il y a ce qu’on a fait
et ce qu’on est

Atelier d’écriture Maison d’arrêt de femmes (Nantes)

Une semaine pour réaliser un livre en tissus, écrire, coudre, s’écouter… une belle rencontre… et des textes :

« La chance a tourné.
Si cette porte s’est fermée
l’autre fenêtre s’ouvrira.

Tes sourires malicieux
Tes sourires rêveurs
Tes interrogations ?
Ma danseuse étincelante
Une souris aux rayures violettes
Mon joli petit poisson bleu
Vos passions, vos énergies, votre joie de vivre dans l’océan
Tes jupes qui tournent et tes baskets qui courent vite
La douceur de ta peau, ton odeur, tes cheveux doux.
Tes yeux noisette plein d’espièglerie
Toute douce comme un gros doudou d’amour
T’es prête, en avant !

La naissance de mes filles
L’amour de mes filles
L…, L… et L…
Mes bébés

Les souvenirs avec mon fils
et les bonheurs
Mon centre de ma vie
Mon fils et mon bébé
Ma joie de vie mon fils mon bébé
Le manque d’amour avec maman
Les sourires de mon fils
Aujourd’hui, il n’y a que moi.
Je pensais que le passé c’était loin, distant, si lointain, impossible de se rappeler de quoi, comment, quand, qui, où ?
Mais à vrai dire le passé c’était hier, l’année dernière, ou tout à l’heure
et de ça je ma rappelle très bien, il y avait toi et moi – nous. Et c’était si bon, savoureux, délicieux, ce sont ces moments que je veux récupérer.

Une myriade de couleurs : des légumes de toutes sortes (aubergines, navets, carottes, tomates, menthe fraîche, oignons, ail )
Le soleil tape fort (il chauffe et aveugle), mais l’abri sous l’oranger près du petit ruisseau rafraîchit les pieds nus.
La dînette en pierre cuite semblable à celle qu’utilise maman… Elle n’est qu’à moi !
Un grand lit, je suis réveillée mais en attente… j’entends des bruits de pas et de chuchotement. Je fais semblant de dormir. Je connais déjà leur joie et la mienne est déjà là.
Un clic
un mouchoir
une odeur
un sentiment
une odeur
effleurer
un regard
une gêne
un souvenir

Ma plus grande tristesse ! La mort de mon papa
Le savon avec lequel je jouais toute petite a nettoyé la tristesse de mon cœur.
Ma plus grande joie c’est d’avoir eu de beaux enfants qui m’ont donné de beaux petits enfants.
La peine ne fait pas tout, elle peut devenir un jour de la joie.

Ta douleur et souffrance
Ton combat
Mon petit L…
Je t’aime
Mes belles-sœurs m’ont offert un pyjama pour L…
Il était bleu.

Ma mère fait ses jupes elle-même.
Elle prend son temps.
Elle porte souvent du foncé par rapport à son âge.
Ce sont de longues jupes à volants avec de la dentelle.

Un jour un petit être, une odeur, ton odeur sur ce pyjama girafe qui rappelle cette chanson douce que chantait ta maman.
Le jupes qui tournent rouge à cerises, grise à petits nœuds de tulle jaune. Les cerises, les petits nœuds volent tout autour de tes petites jambes. Tes joues rouges, tes yeux rieurs, tes rires joyeux me disent qu’il faut les mettre dans le panier et passer à la caisse. »