carnet de campagne 1

Ce pays qui secoue son manteau agite tout son corps : tous pourris tous pourris, ce pays qui glisse sa main dans celle du dernier venu pourvu qu’il soit habillé chic et tons neutres. Venez à moi, regardez comme je suis entouré d’hommes d’expérience aux cheveux blancs et rides compétentes. Regardez comme je les tiens bien en laisse. Ne vous inquiétez pas je suis Petit Poucet grandi, j’ai les bottes de l’ogre et je vous redonne le goût des contes.

Ce pays qui secoue son manteau agite tout son corps : tous pourris tous pourris, ce pays qui glisse sa main dans celle du premier venu pourvu qu’il ait le verbe haut, la parole flamboyante et la colère cachée. Venez à moi, voyez en moi le conquérant. J’ai longuement préparé le voyage, je promets l’Eldorado des justes à ceux qui ont des réserves de forces pour un monde meilleur. Des amis que j’aime arriment le bateau, heureux car le courant est bon. Je les écoute longuement, ces amis poches pleines de choses écrites depuis longtemps noir sur blanc et plus de place pour les doutes. Je fuis le bateau, le verbe haut, la colère, les certitudes inflexibles. Je panique face à ceux qui ont une réponse de plomb pour chacune de mes questions…

Ce pays qui secoue son manteau agite tout son corps : tous pourris tous pourris… à force ça donne le droit de haïr, et de poser son baiser de haine sur le grand front bleu blanc rouge… Comme des parents à l’enfant devenue grande et qui quitte la maison : Va va ma fille, ne te retourne pas, venge nous, et tant pis si nous le savons au fond tu n’auras plus après, un regard pour nous.

Ce pays qui secoue son manteau agite tout son corps : tous pourris tous pourris… un petit groupe prend les chemins de traverse, pousse devant un homme auquel personne n’aurait donné une pièce pour le grand manège. Un homme obstiné, qui ne prétend pas avoir toutes les réponses. Il a l’air honnête, il a l’air gentil, chacun le dit. Il a autour de lui des intellectuels, ça brasse ça brasse les idées, ça voit plus loin que le bout de son nez, ça dérange aussi, chacun son métier non mais. Attention aux grands rêves, attention aux grands rêves murmure t-on dans son dos. A-t-il le bon costume ? Le verbe assez haut ? Et les poings pour cogner cogner dur ? Bang bang fait mon coeur et ce n’est pas sérieux non vraiment pas, ce n’est pas sérieux en politique de prendre le risque de croire comme on prendrait le risque d’aimer. Il me touchent, ce mot bienveillance, ce pas de côté pour regarder devant, ces clins d’œil souriants trolls incontrôlables du gamin au dedans, ces possibles. Ces possibles. Je redresse la tête et pas que moi, même sous les quolibets, devant ceux qui, on s’en doutait, pratiquent une démocratie à géométrie variable : « le gentil » ils disent puis osent presque à vive voix : « le benêt ». Alors que voulez-vous ? L’honnêteté dans le plus beau costume ? L’intelligence sans la nécessité du rêve ? L’avenir comme hier ? Et le verbe haut, ah le verbe haut… Nous serons un nombre certain qu’on se le dise à regarder droit devant et longtemps, le bel avenir de nos désirs.

 

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